The supremacy of Westeros ends here.
Bienvenue en Essos, nouveau berceau d'une Humanité décimée par les Marcheurs Blancs. Nous sommes actuellement en 303, Lune 4. Les nouveaux habitants se remettent à peine de l'arrivée des Marcheurs qu'ils se battent déjà pour s'approprier les terres du nouveau continent. Ils en oublient qu'ils ne savent rien de tout ce qu'il se trame ici, et que les Marcheurs peuvent aussi bien voler...
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# 03/04/2017 : Création du Forum
# 27/04/2017 : Ouverture du Forum
Saamar Targaryen vous présente le Contexte


Ils disaient que l'hiver viendrait, et l'hiver est venu. On nous l'avait promis. C'est drôle, quand j'y pense. Nous n'avons pas pris tout cela au sérieux. Notre petit monde d'Hommes était notre seule réalité. Celle des neiges éternelles, celle des ténèbres, n'était qu'un pâle mirage, trop loin pour nous apparaître clairement. A croire que cela n'est qu'une punition pour nos pêchés, pour notre ignorance digne de notre seule Humanité. La suite...
Cersei Lannister vous présente l'Intrigue
NUMERO 0 - A FEAST FOR CROWS : Daenerys Targaryen est le Dragon. Tywin Lannister est le Lion. Les deux prédateurs se battent férocement, et pour cause, ils veulent tous deux conquérir cette nouvelle Région qui s'étale sous leurs yeux. Les Dragons se sont désormais multipliés, et ont en leur possession des armes persuasives, portant le nom de l'ennemi. Les Lannisters, de leur côté, menacent d'exécuter quiconque tentera de percer leurs défenses. La guerre fait rage, et l'avant-garde s'écrase contre l'autre. On ne sait pas encore qui sera vainqueur, et pourtant, lorsque l'on voit les combattants, on a déjà peur de qui montera sur le trône, ou plutôt, de l'ombre qui gîsera près de lui.
fondé par Obscurial et Loup ; codage par Never-Utopia

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 [T] Purgatory | ft. Saamar

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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

L'endroit empestait l'humidité et la désolation. Une flamme faiblissait dans un recoin, suspendu au mur comme l'on accrocherait un vulgaire trophée. Tapie dans l'obscurité, l'unique silhouette qui se trouvait là psalmodiait quelques litanies insensées. Le précipice était alléchant sous elle. Et il chantait ses louanges pour l'attirer dans ses bras fous. Parce que la folie était là. Elle guettait les heures qui s’égrainaient. Elle attendait que ne vienne enfin l'instant où tout se briserait en éclats. Mais, la recluse harponnait quelques vains espoirs. Elle esquissait des mondes qui n'appartenaient qu'à elle. Où se situait-elle présentement ? Elle n'était même plus certaine d'en avoir conscience. Elle voguait, simplement, entre deux eaux troubles dont les fonds l'attiraient plus que de raison. S'abandonner était simple, finalement, facile. Parfois elle effleurait les ombres qui dansaient sur la pierre. Parfois elle s'autorisait à ne plus être qu'un corps sans songe. Puis d'autres fois, la fureur l'ébranlait tellement qu'elle ne parvenait qu'à beugler son désarroi. Là où elle se trouvait, le soleil n'éclairait plus rien, et la lune, elle, ne se levait jamais. Il n'y avait qu'un noir dévastateur qu'elle n'avait toujours pas apprivoisé malgré les lueurs orangées qui la berçaient. Elle était seule. Elle était sale. Il n'y avait que le vide pour l'étreindre. Il n'y avait que le néant pour l'avaler. Alors lorsque l'abandon se faisait plus pernicieux encore, elle pleurait l'existence qu'elle avait perdu. Elle perdait l'esprit. Les émotions se mélangeaient aux souvenirs, puis aux illusions. Où se trouvait la réalité dans cet enfer tout juste bâtis pour elle ? Où débutait sa vie, où finissait-elle ? Elle ne le savait plus.

La pierre crissa contre la paroi de son cloître, lorsque Cersei grava un jour de plus. Faiblarde sur ses jambes qui ne fonctionnaient que trop peu, elle recula d'un pas hésitant. Devant elle, les heures avaient défilé, les unes après les autres, sans qu'elle ne puisse les rattraper. Et trois années s'étaient écoulées. Elle papillonna des cils, comme hébétée par ce douloureux constat. Trois ans qu'elle griffait les murs en espérant y entrevoir la lumière et, rien n'était survenu. Les yeux remplis de larmes asséchées, elle dodelina doucement de la tête, ses doigts agrippés à sa longue chevelure poussiéreuse. Ce n'était pas possible. Jaime n'était jamais venu. Tywin n'avait déplacé aucune montagne. Il n'y avait plus qu'elle, finalement, contre le reste de cette humanité qui ne parvenait qu'à la mutiler encore et encore. Son nom n'avait plus aucun sens. Sa famille n'était plus qu'un portrait dont les teintes se ternissaient. Elle était seule. Venant poser son front sale contre les remparts à sa liberté, Cersei prit une profonde inspiration. Finirait-elle ici ? L'oublierait-on jusqu'à ce que l'univers ne se dissoute à son tour ? Elle allait pourrir. Et comme d'autres avant elle, elle ne se souviendrait que de cette muraille assassine. Elle se laissa lourdement choir sur le sol dont elle connaissait désormais la moindre parcelle. La rage lui vrilla les sens, alors qu'elle se tenait l'abdomen pour consoler les sursauts impétueux de son âme. Elle les tuerait. Elle les détruirait tous. Vers qui se portait cette véhémence ? Elle l'ignorait. Pourtant, sa vengeance serait terrible lorsqu'elle sortirait enfin d'ici. Et elle ricana, frôlant la démence et l'hystérie. Et elle gloussa effrontément jusqu'à sentir des vipères lui mordre le ventre. De nouveau, le silence vint la dévorer. Alors elle observa un point, un détail qui n'existait pas dans le bref horizon qui ne promettait rien.

Des pas résonnèrent au loin. Cersei ferma les paupières. Elle ne voulait pas voir la mort lui annoncer son trépas. Elle ne voulait pas entendre le glas appeler son heure. Alors, elle posa ses paumes contre ses oreilles. Elle n'était pas ici. Et c'est ce qu'elle se répéta en songe, comme le ferait une fillette terrifiée. Elle n'était pas là. Néanmoins, lorsque la vieille porte grinça par trop de vieillesse, Cersei ne put s'empêcher d'ouvrir ses yeux épuisés. Devant elle, une silhouette qu'elle ne reconnaissait pas se découpait. Se redressant légèrement sur ses mains, elle fut contrainte de plisser ses deux mirettes éblouies par l'éclat qui émanait légèrement de l'extérieur. Elle ouvrit la bouche sur un unique souffle confondu. Devenait-elle folle ? Mis-à-part Daenerys, les Targaryen n'étaient plus. Pourtant, deux faisceaux violacés la scrutaient présentement avec intérêt. Que lui voulait-elle ? Cela faisait des années qu'elle moisissait ici, mais elle ne l'avait jamais rencontré. Cersei déglutit péniblement. Puis, chancelante sur ses frêles chevilles, elle se releva. « Qui... qui êtes-vous ? », demanda-t-elle alors d'une voix pâteuse. Plaquée contre le mur derrière elle, elle n'esquissa pas la moindre approche malgré l'envie d'éprouver une autre présence que la sienne. Un rictus acerbe vint étirer ses lèvres pâles. « Je vois que votre... lignée tient encore debout malgré ce que tout le monde pensait. » Elle pouffa. Comment avaient-ils pu être aussi naïfs ? « A croire que vous êtes comme la mauvaise herbe. Plus on en arrache, plus il en repousse. » Son regard accrocha enfin le sien. Elle faisait la maline mais, en vérité, la peur lui broyait les tripes. Était-elle là simplement pour contempler son déclin ? Ou sa venue était-elle plus funeste encore ?
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Il n'y a pas de vainqueur. Les triomphes sont enterrés avec les héros, envolés avec les Dieux. Les hommes qui se battent sous leurs pieds secouent des flammes qui embrasent leurs futurs cadavres. Ce snt les Enfers qui les appellent. Et les soldats qui s'agitent, dehors, ne sont que des pantins destinés à devenir cendres parmi les cendres. Ils n'ont pas de nom. Ils n'ont pas de coeur. Ils sont fiers d'être ce qu'ils sont. Pourtant, ils devraient avoir honte. Honte, de cet instinct qui les rapproche davantage des bêtes. Honte de tuer. Honte de s'en repaître. Les cheveux blancs de Saamar ne l'exclue pas de tel sentiment. Elle a honte, elle. Elle a honte d'être ce qu'elle est, l'engeance de tels ancêtres. Elle porte le nom de la mort, elle porte le nom du feu. A sa naissance, on l'a affublée d'un fardeau dont elle n'a pu se défaire. Elle s'est pourtant battue pour modeler ces murmures qui couraient le long de son échine. Et pourtant, pourtant, rien ne l'en a épargnée. Ni les larmes, ni les sourires, ni les cris. Elle n'a pas effacé l'empreinte de ces aïeuls. Personne ne le peut. Pas même le Messie. Pas même Daenerys, la douce représentante de leur peuple, de leur famille. Elle n'a pas non plus effacé le sang et la haine. Elles sont là, coulant dans ses veines, comme dans les siennes.

Saamar n'est qu'une oeuvre que l'on ne peut dépeindre. Elle orne le long couloir qu'a érigé la famille Targaryen. La longue cascade de neige qui vrille sur ses épaules le prouve de milles façons. Et les deux améthystes qui percent les ténèbres n'en sont que plus destructeurs, que plus révélateurs. Ah, qu'on l'a tuée, dans des rêves assumés. Ah, qu'on l'a maudite, la Dame Blanche. « Ouvrez la porte. » elle ordonne, de cette voix claire qu'elle possède depuis toujours. Le garde se précipite. On ne désobéit jamais à la Noble. Elle n'est ni Reine, ni Princesse, mais sa simple apparence suscite le silence et le respect. Elle en sourit, dans l'obscurité. Elle n'est qu'une statue dans un donjon, qui s'anime après des siècles d'inertie. Le monde pourrait s'affaisser qu'on oublie son portrait inanimé. Et le voilà qui se réveille, tsunami de flocons, vague de poudreuse, elle fait volé en éclats les pierres et la terre. On ne peut l'enterrer, on ne peut la brûler. Elle est le sang des Dragons. « Prenez votre temps, je ne suis aucunement pressée. » fait-elle. L'ironie n'est même pas palpable. Mais le garde se met à trembler. Saamar ne rit jamais. Saamar est le calme plat de la montagne éternelle. Elle est le silence de la neige qui s'écrase sur l'humus. Elle est toujours égale, toujours immobile. A croire qu'elle est destituée de toute émotion.

La porte grince, mais les gongs semblent vouloir tenir malgré le temps qui les mord. Saamar joint les mains devant elle. Sa longue cape immaculée se traîne derrière sa silhouette. Elle discerne aisément l'animal craintif qu'elle est venue voir aujourd'hui. « Laissez-nous. » dit-elle, douce, suave, comme une étincelle s'apposant au brasier. La serrure gronde. Les flammes crépitent, au bout de la torche qui illumine l'endroit. Le feu est faible. Il ne tardera pas à s'évaporer pour toujours. Un instant, Saamar admire la cage dans laquelle elle se trouve. Mais elle est particulièrement submergée par l'odeur de la crasse, de l'urine et du sang. L'odeur de la mort. Puis, elle délaisse cet intérêt morbide, et se tourne vers le seul être vivant qui arpente habituellement les lieux. Cet être, c'est Cersei Lannister. La Reine Régente des Sept Couronnes, des Sept Royaumes. La Malédiction de Westeros. La veuve éplorée de Robert Baratheon. Saamar sait beaucoup de choses, sur Cersei. Elle a eu de longues minutes pour la connaître, de longues années pour la comprendre. Tandis que son petit frère lui présentait sa soeur, Saamar, elle, se voyait déjà dans sa cellule. Etrange, n'est-ce pas, comme la curiosité peut vous pousser dans la caverne du lion ? Et pourtant, la Cersei qui se recroqueville dans l'angle de sa cellule est bien loin d'être celle que Saamar imaginait. Cette femme, cette prisonnière, n'est que l'ombre pitoyable du portrait que la Targaryen s'en faisait. Habillée d'une simple jute, amaigrie, creusée, sale.

Saamar ne bronche pas d'un pouce, lorsqu'elle discerne un mouvement, un regard, de la part de l'esclave. Elle lui laisse quelques secondes pour l'observer, la contempler. Et, de son côté, Saamar la jauge, dans la pénombre. « Je suis Saamar, de la Maison Targaryen, Fille de Yeghara, Imbrûlée, Invaincue, Chevaucheuse de Dragons, Gardienne des Trésors du Peuple, Descendante de l'Antique Valyria. » L'ensemble de ses titres a de quoi donner le tournis. Et pourtant, Cersei se met à rire. Rire. Saamar n'a pas le coeur d'arquer un sourcil, et pourtant, si elle laissait ses profonds sentiments tressaillir, on aurait pu le voir. Ses yeux s'agitent, avant de trouver les siens. Mais Saamar n'est pas dupe. Cersei n'est qu'une petite fillette, emprisonnée, affamée, enchaînée. Elle n'est rien, ici. Elle n'est qu'une façade bancale, menaçant de tomber à la moindre brise. « Hm. » elle soupire, sans même un rictus, sans même un sourire. Rien. Un squelette animé. « Je m'attendais à bien plus de la part de Cersei Lannister. De grands mots, de puissantes menaces, une haine insistante. Et je n'ai le droit qu'à une piètre métaphore sur la mauvaise herbe. Tss.. » Elle fait claquer sa langue contre ses dents, comme un serpent qui lancerait un avertissement. Et puis, elle secoue doucement la tête. « Je suis tellement déçue. » Elle pointe doucement une petite chaise, ou plutôt, une moitié de rondin pourrie par les âges, du bout des doigts. « Pardonnez-moi si je ne viens pas m'asseoir auprès de vous, je crains que votre odeur ne m'incommode. Depuis quand n'avez-vous pas pris de bain ? Ah, oui, trois ans. Cela fait trois longues années que vous êtes enfermée ici. » Lorsqu'elle daigne de nouveau regarder la prisonnière, ce n'est que pour lui lancer un léger sourire amusé et menaçant. Un sourire, qui s'envole en un clin d'oeil, ne laissant place qu'à sa désinvolte. « Elles ne vous ont pas appris à vous taire, à ce que je puis constater. Peut-être devrais-je vous laisser trois années supplémentaires pour vous inculquer l'art de fermer votre petite bouche de misérable insecte. » Mais elle ne lui laisse même pas le temps de parler. Elle n'a pas envie de l'entendre, de toute façon, ou plutôt, d'entendre telles répliques inutiles. « Vous n'êtes plus Reine, en ces lieux. Il se trouve que vous n'êtes plus rien du tout, même aux yeux de votre charmant papa, qui vous laisse croupir ici sans lever le petit doigt. Il est si facile de dompter le lion lorsqu'on le met en cage. Cessez de rugir, Cersei Lannister. » Et puis, elle porte lentement la main sur la torche qui se trouve là. Elle laisse ses doigts flirter avec les flammes. Elle se repaît de leur chaleur écrasante. « Je pourrais éteindre à jamais votre unique lumière. Et vous laisser sombrer dans la folie. »
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Elle était dégoûtante. Elle était repoussante. La lionne se retrouvait dépossédée de son envergure. Elle n'était plus qu'une bête terrifiée, recluse, écrasée par le poids de ce qu'elle représentait aux yeux de ses assaillants. Ce qu'elle avait été ne signifiait plus rien. Ce qu'elle avait inspiré autrefois n'était plus qu'une vaste plaisanterie. Broyée dans ce carcan de pierres, elle n'était qu'une pâle copie de la Cersei qu'elle se plaisait à imposer au reste du monde. Pauvre petite chose démantelée, enchaînée comme l'on cramponnerait la peau d'une simple chienne. Elle n'était rien. Et si sa fierté dansait encore dans les flammes impétueuses de ses prunelles noires, Cersei ne crachait désormais plus que des cendres. Sa bouche en était remplie. Et elle s'étouffait avec. Alors les paroles de Tyrion lui revenaient en tête par moment. Son bonheur et sa gloire n'étaient plus que débris et désolation sur sa langue. Son empire s'était brisé entre ses doigts. Tout n'était que poussière. Tout n'était que souffles amers. Quelque fois, elle s'évertuait à rassembler la poudre de ses propres os. Quelques fois, elle s'obstinait à rassembler les derniers lambeaux encore frémissants. Mais la besogne était vaine malgré les espoirs auxquels elle s'abandonnait. La vérité résidait là pourtant, sous ses yeux qui ne voulaient pas voir l'évidence. Cersei Lannister avait disparu. Elle était morte trois ans plus tôt, alors que l'on balançait son nom dans l'oubli, alors que l'on piétinait sa liberté. Le fauve redoutable s'était épuisé. Il avait martelé le sol de sa cage un nombre incalculable de fois. Puis il s'était couché sur le flanc, montrant son poitrail blanc en guise de reddition.

Peinant à se maintenir droite, Cersei ne détourna pas une seule fois son regard de la Dame qui se trouvait là. Les cheveux éparpillés sur ses épaules maigres, le teint cireux, elle ressemblait davantage à ces sauvageons que les Hommes Noirs se plaisaient à pourchasser. Où était cette beauté dont on vantait les mérites ? Derrière la crasse, la faim et la fatigue. Malheureuse Cersei, ce qu'elle avait infligé à d'autres par le passé se retournait maintenant contre elle. Et, comme ceux qu'elle avait réduis au néant, elle bouffait la terre en espérant y trouver de la lumière. Quelle ironie, finalement. Elle était éconduite. Elle était bafouée. Et face à elle gisait un bourreau qui aurait pu être elle. Sans doute en aurait-elle ri si cette présence ne lui rappelait pas ce qu'elle avait perdu. Alors elle détourna simplement son regard noyé par l'iode et l'amertume. L'humiliation. A son tour, elle en éprouvait le joug. La dite Saamar exposait des vérités bien cinglantes malgré la tempérance de son timbre. Et, si elle eut envie de rétorquer à plusieurs reprises, Cersei s'emmura néanmoins dans un mutisme qui ne lui seyait pas. Que pouvait-elle déblatérer qui parviendrait à la clouer ? Rien. Finalement, tout ceci n'était pas une affaire de répartie, mais bel et bien une question de pouvoir. Seulement le pouvoir, Cersei ne le possédait pas. En revanche, elle le voyait ondoyer à travers les gestes lents de son interlocutrice. La totalité de son attitude n'était là que pour l'étouffer un peu plus. Et Cersei suffoquait. « Je présume que cela vous grise », articula-t-elle plus sèchement, « peut-être même que cela vous aidera à mieux jouir. » Elle secoua doucement sa petite tête blonde, un rictus à la fois colérique et fou dessiné sur ses lèvres pâles. « Sinon, pourquoi être venue ? »

Mais la réelle question n'était pas véritablement celle-ci. D'ailleurs, Cersei se fichait pas mal de ce qu'elle désirait trouver en lui rendant visite. Elle n'était plus seule. Et, finalement, l'important se situait là. Alors Cersei fit d'abord un pas maladroit vers elle, puis un autre plus assuré. Lorsqu'elle fut à quelques centimètres seulement de la jeune femme, son monde s'ébranla une énième fois. Elle n'était plus seule. C'était indécent. C'était insoutenable. Et elle ne put s'empêcher de rire une seconde fois. Cette femme était une horreur, mais elle était soulagée de la savoir près d'elle. Ses doigts vinrent cramponner le tissu de sa robe. La folie vibrait à travers chaque cellule de son corps. Elle déformait ses traits autrefois impeccables d'une parfaite hérésie. « Je me sens si seule », souffla-t-elle en observant que le poing qu'elle serrait présentement autour de l'étoffe. Un frémissement lui prit la gorge et transforma son souffle en une plainte inaudible. Quelque chose vrillait entre ses synapses. Elle perdait l'esprit. « Je ne sais même plus si vous êtes véritablement réelle », gloussa-t-elle. Ces trois années de captivité à n'embrasser que l'obscurité l'avaient profondément écorché. Cela faisait des lunes qu'elle n'avait pas ne serait-ce qu'éprouver un peu la chaleur de l'autre. Et là, alors que cette femme dont elle ne connaissait rien emplissait l'espace, Cersei ne parvenait plus à réfléchir. Elle papillonna des cils, tandis qu'elle redressait ses prunelles hagardes en direction des siennes. « Je veux... je veux sortir. » La nécessité prit le pas sur sa raison. Sa respiration se fit plus lourde dans sa poitrine douloureuse, plus empressée. Elle s'asphyxiait. « Laissez-moi sortir », hurla-t-elle alors. Et ses mains se saisirent des épaules de la jeune femme pour la secouer, frénétiques dans leur démence. « Laissez-moi sortir, laissez-moi sortir ! »
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Elle s'efface, se délasse, se prélasse, de cet atmosphère funèbre. Elle ne vit que pour lui. La Mort est un fardeau qui lui a brisé l'échine, et qui la pousse désormais à dévorer chaque particule lugubre de cet air asphyxiant. Autrefois, pourtant, elle avait été une toute autre personne. Jadis, elle rejetait cette frénésie qui lui prenait les tripes. Qu'il est doux, maintenant, de se laisser tomber dans l'abîme de l'hérésie. Saamar ne devrait pas être là. Elle gît dans le mausolée, écorche sa tombe, décapite le cercueil, parce que ça lui plaît. Lorsqu'elle sera sortie d'ici, ses pairs entendront parlé de ses actes. Ils sauront qu'elle a traversé les couloirs sombres, qu'elle a poussé la porte verrouillée qu'elle ne devrait pas pousser. Ils viendront la jauger et la juger. Elle recevra le châtiment du terrible discours du Dragon. Et pourtant, cela ne l'inquiète pas. ça l'agite, au creux de ses reins. L'adrénaline lui offre des ailes écailleuses, aussi fébriles que celles d'une chauve-souris aveuglée par les rayons du soleil. Une petite utopie qui lui brûlera les rétines. Cersei sera sa punition. Ses cheveux dorés seront le linceul d'or qui ornera sa journée, et les journées qui viendront après elle. Et Saamar en rit, dans les abysses de son esprit. Comme il est doux, de s'enfuir dans les ténèbres...

La lionne décharnée se cogne la tête contre les murs de sa cage. Elle arracherait les barreaux si cela pouvait lui offrir la liberté. Mais la seule qu'elle a su trouver entre ces grisants étouffements n'est qu'une chimère qu'a fait germé son esprit. Saamar la contemple, montrer les crocs, tendre les muscles. Le prédateur est devenu la proie, et pourtant, il se débat encore. Et elle admire la crinière se secouer sous les convulsions de l'agonie. « Pour admirer la curiosité que l'on a enterré sous notre trône. » La question n'a de sens que pour une folle. Et Cersei l'est sans nul doute. Elle joute contre sa raison, contre ce cerveau qui tend à lui mâcher la réalité, qui tend à la surplomber pour mieux régner. Ses synapses lui envoient de faux messages pour lui permettre de survivre. A croire que la vie est plus importante que la pensée. Son visage, soudainement détaillé sous le regard de Saamar, n'est que la catacombe d'un portrait magnifique de jadis. La Targaryen l'admire, la dépossède, la chavire, la précède. Ses jambes refusent de faire un pas en arrière, car sa chair et ses os ne sont que fierté, érigés par l'orgueil et la vanité. Cersei pourrait encore l'approcher, ne faire qu'un avec elle, et Saamar ne reculerait pas. Car ce ne sont que les lâches qui reculent face à son joug. Personne, personne ne la fera bouger. « Vous êtes seule parce que personne n'a d'yeux pour une prisonnière. Vous êtes laide. Vous êtes sale. Vous êtes inutile. Vous êtes invisible, du fond de cette geôle. » Ses mâchoires se crispent, car elle sent la chaleur d'une autre importuner la sienne.

Saamar est un monstre qui n'aime pas qu'on le caresse. Indomptable, le Dragon qui se faisande en son myocarde est un parjure imprévisible et terrible. L'argent qui dore sa parure est si précieux que le toucher est indécent. On ne la touche jamais. Et quiconque le fait percute l'iceberg qui se fond sur les courbes de son épiderme. Et le Dragon se secoue, il vrille dans son petit être. Les secousses lui arrachent les muscles. Ses crocs s'entrechoquent. Dans sa gorge, un grondement sauvage, bestial, fait chavirer son instinct. Ses griffes lacèrent la nuque de son envahisseur, alors qu'elle jette la charogne de Cersei à travers sa cellule. « Ne me touchez pas ! » hurle-t-elle, à plein poumons, tendis que son souffle lui brûle les lèvres. Le pantin se désarticule sur le sol humide. Immédiatement, la porte s'ouvre sur un garde, perspicace et visiblement bien averti. Mais Saamar ne se tourne même pas vers lui, tendis que la lumière inonde un instant la cage. « Laissez-nous ! Sortez ! SORTEZ ! » elle hurle, et son anatomie s'affole sous la violence, sous la puissance. La proie s'enfuit, le prédateur se meurt. Et elle, Dragon qui Vole au-dessus du Monde, elle, elle gronde encore. La fureur s'empare de ses membres, de ses organes, de ses os. Comme un poison, elle lui serre le coeur, fait bouillir son sang. Et Saamar arrache l'extrémité de la torche. Le chiffon, brasier miniature, gît dans sa paume, et les flammes voltigent, faisant danser les ombres sur les murs. « La prochaine fois que vous poserez les mains sur moi, je détruirai ce divin visage qui vous rend si légendaire. » Ses doigts s'écrasent sur le postiche, et le bûcher se meurt, entre ses articulations.

Saamar soupire, Saamar inspire. La rage s'évapore, comme un cauchemar qui aurait teinté sa nuit noire. Dans les méandres du noir total, elle aperçoit le cadavre s'ébrouer. « J'espère que vous appréciez l'obscurité, Lady Lannister. » Un léger rictus s'apitoie au coin de ses lèvres. Saamar est dangereuse. Cersei n'en a seulement pas encore conscience. Mais elle apprendra, car toute créature peut se plier sous le courroux du Dragon. Saamar fait quelques pas dans la cellule, observe, un instant, ces marques que la lionne grave à même les pierres. Elle penche doucement la tête. Et la moiteur de ses coussinets sculptent les gravures, une à une. « Vous n'avez pas idée de l'univers dans lequel vous vivez. » Les traits sont fins, à peine visibles. A peine palpables. Mais Saamar les dessine tous, un par un. Ils recouvrent le mur, témoins de milles heures passées à déchiffrer le temps. « Vous pensez que cette cage ne pourrait être pire. Mais vous vous trompez. Imaginez... L'obscurité totale. Plus une seule pierre pour compter les jours. Quelques rats qui vous empêchent de dormir. Des cloches qui sonnent, aléatoirement, pour brouiller vos sens. » Saamar sourit, plus encore. Elle sourit, parce qu'elle est la Reine, en ces lieux. Elle sourit, parce qu'elle se réjouit de l'agonie qui s'épanche entre les pierres. « Vous n'imaginez pas à quel point vous pourriez être divertissante, au fond de cette cellule. » Saamar se détourne. Elle observe Cersei, sans que celle-ci ne puisse le savoir, ou même l'apercevoir. Elle est une chauve-souris dans la nuit. Elle est invisible. « J'installerais mes appartements dans la chambre voisine, pour ne pas manquer un seul de vos cris. » Elle fait un pas vers elle, et, de ce visage dénué de toute chose, l'observe avec attention. « Où suis-je ? Où êtes-vous ? A droite ? A gauche ? Au milieu de la pièce ? Près d'un mur ? De la porte ? Oh, attendez... Vous ne pourrez plus jamais le savoir. » Elle laisse un rire lézarder les murs. « J'espère que cette tentative en valait la peine. Car vous ne reverrez jamais plus mon visage. »
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

La lumière du soleil, elle ne s'en rappelait plus. La chaleur, douce et suave, sur la peau, elle ne s'en souvenait plus. Où étaient les rires des enfants et le chant des hirondelles qui revenaient au printemps ? Où était l'eau claire des rivières et l'herbe fraîche sous les pieds nus ? Cela avait-il été réel seulement ? Cersei ne le savait plus. La frontière entre ce qu'elle avait vécu et ce qu'elle s'imaginait en songe était mince. Et la douceur de l'autre, les souffles alanguis qu'elle avait éprouvé autrefois, les avait-elle véritablement rencontré ? Son esprit ne parvenait plus à distinguer le réel de l'imaginaire. C'était un supplice permanent, une torture omniprésente. Ses tourments ne trouvaient aucun repos. Et même lorsqu'elle sommeillait enfin, ses rêveries l'emportaient sans cesse dans un cloître qui se refermait progressivement sur ses courbes. Elle se mourrait. L'extérieur se fanait mais l'intérieur, lui, pourrissait inexorablement. Comme ses propres élucubrations, Cersei devenait une chimère à la gestuelle décharnée. Elle s'animalisait. Et la démence des grands monstres grondait dans sa cage-thoracique. Au dessus de sa petite tête déconfite, l'épée de Damoclès s'agitait jour après jour, la menaçant encore et encore de sa lame destructrice. Elle allait mourir, elle le savait. Seulement, ce n'était pas cette imminence qui la secouait. C'était le temps que cela prendrait. Combien d'années faudrait-il avant qu'elle ne s'évanouisse enfin ? Combien d'années faudrait-il pour qu'elle ne s'apaise définitivement ? La folie, elle la voyait danser effrontément. Bientôt, elle serait à l'image de ces condamnés que l'on lacère jusqu'à la dernière inspiration. Elle ne serait plus Cersei. Elle ne serait plus une Lannister. Elle ne serait plus qu'un corps rabougri, l'esprit nécrosé par quelques délires fantasques.

Ses doigts harponnaient cette chair qui ne leur appartenait pas. Ils palpaient la matière, comme avides de ressentir enfin quelque chose de concret. Et ils agitaient la silhouette de la jeune femme. Sortir, échapper ne serait-ce qu'une heure à cet enfer, voilà ce que Cersei quémandait inlassablement. Elle implorait Saamar, elle implorait les Dieux, puis d'autres entités dont elle ne connaissait même pas le nom. Ce n'était pas un caprice de petite noble. C'était une nécessité. C'était viscéral. Elle ne supportait plus ce cachot dans lequel elle laissait une part d'elle-même. Elle ne tolérait plus ce silence et cette semi-obscurité qui l'enserraient toujours plus. Ici, elle manquait d'oxygène. Elle s'enterrait lentement. Finalement, il n'y avait rien d'agressif dans son attitude. Il n'y avait pas même le sursaut d'une quelconque rancune. Elle désirait simplement être sauvée, naïvement, comme une fillette qui craindrait les ombres dansant sur les murs de sa chambre. Mais il n'y avait aucun messie pour elle aujourd'hui. Et la jeune femme ne fit qu'éjecter sa maigre carcasse dans les tréfonds de la cellule. Cersei s'affala lourdement sur le sol poisseux, libérant une plainte qui s'étouffa aussi sec dans le creux de sa gorge. Il lui fallut quelques secondes, tout au plus, pour relever son regard en direction de son bourreau. « Non... », souffla-t-elle. Devant elle, la jeune femme s'emparait de son unique source de lumière. La peur la faucha, alors qu'elle se hissait sur ses mains. Que deviendrait-elle si elle n'avait plus aucune lueur pour éclairer encore ses derniers espoirs ? Cersei secoua frénétiquement sa petite tête dont les traits trahissaient, présentement, toute la terreur qui la dévastait. « Pas cela... » Cette torche était l'unique bien qu'elle détenait. Saamar en étouffa la flamme. Et cela ne devint également plus qu'un souvenir.

Entourée par l'obscurité à travers laquelle elle ne discernait rien, Cersei rassembla ses membres pour se recroqueviller. Son regard balayait les alentours, affolé, sans parvenir à trouver un point sur lequel se fixer. Le noir était partout. Et il l'enlaçait dans un étau qui s'essayait à la broyer. Cersei hoqueta lorsque le timbre de Saamar vint emplir l'espace autour d'elle. Où était-elle désormais ? Ses pas crissèrent sur le sol, mais elle ne put la situer avec certitude. Tremblante comme le serait une biche face à plus robuste qu'elle, elle ne chercha pas à retenir les larmes qui traçaient déjà quelques sillons sur ses joues sales. Qu'avait-elle fais pour mériter un tel sort ? Quel Dieu la punissait pour avoir commis un quelconque parjure ? Était-ce cela l'enfer finalement ? Cersei porta ses mains à son crâne et agrippa ses cheveux dorés dans un balancement dément. « Je vous... je vous en supplie », gémit-elle, « je vous en supplie... » Ce qu'elle lui susurrait sournoisement, Cersei ne l'écoutait pas. Elle laissait l'épouvante ronger les derniers sursauts de sa pauvre conscience. Un instant, elle crut que tout ceci n'était qu'un malheureux cauchemar. Et elle se berça dans cette illusion ridicule, privée de toute forme de lucidité. Seulement les mots qui résonnaient dans la cellule se firent plus proches, plus distincts dans sa déraison. Alors elle releva ses yeux brillants d'un authentique désarroi vers un ailleurs qu'elle ne percevait pas. « Pourquoi vous faites cela !? », brailla-t-elle dans un essoufflement de voix. Elle voulut chasser le spectre qui se jouait de ses nerfs, balayant bêtement le néant autour d'elle. Mais en vain. Elle n'était rien face à ce qui se dressait dans l'ombre. « Pitié, ne me laissez pas dans l'obscurité », sanglota-t-elle finalement. Supplier, il ne lui restait que cela désormais.
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Les prisonniers n'ont que suppliques à la bouche. Des dizaines de geôles crient toutes la même chose, lorsque Saamar arpente la prison. Certains tambourinent la porte qui les sépare de l'extérieur. Cela ne suffit pourtant pas à leur offrir la liberté qu'ils croient entrevoir sous leurs doigts. Les hommes deviennent fous, lorsqu'ils sont enfermés, privés de tout loisir, de toute chaleur, de toute lumière. Pourtant, Cersei ne mérite peut-être pas cela. Qui est Saamar pour la juger, après tout ? Elle a entendu des histoires, des rumeurs, des injures, des doléances, mais elle n'a rien vu de tout cela, elle n'a rien vécu. En fait, c'est bel et bien la première fois qu'elle croise Cersei Lannister. Finalement, Saamar ne la connait pas, Saamar ne la comprend pas. Elle ne peut que la juger, la jauger. Elle ne peut que la voir coupable. Sinon, que ferait-elle ici, en réalité ? Purgerait-elle une peine qui ne lui est pas consacrée ? Saamar ne veut pas savoir ce qu'elle fait ici. Saamar se fiche bel et bien de ce qui gît sous l'apparence, sous l'écho de cette cellule. Elle ne voit que le palpable, le véritable. Elle voit le noir, la crasse, l'humidité, l'isolement, la famine. Elle ne voit qu'une folle qui se recroqueville et qui pleure. Une folle qui sombre encore plus dans les pénombres de a terreur. Et Saamar apprécie cela. Ou du moins, elle apprécie le pouvoir, la puissance qu'elle possède, dans cette minuscule pièce dénuée de soleil. Elle aime se prélasser de cette terreur, qui se complaît à vouloir l'anéantir. Cersei aura beau supplier, pourtant, rien ne changera son état d'esprit. Saamar est frigide, froide, glaciale. Son coeur n'est qu'un palpitant blanc sans écho, sans mouvement. Rien ne semble pouvoir lui faire de mal. Rien, en apparence. Il y a toujours une faille. C'est l'Humanité. Car elle est loin d'être autre chose, autre chose que cette femme qui se casse sous ses yeux. Elles sont pareilles, en réalité. Elles ont la même morphologie, la même structure de gênes, le même mécanisme cérébral. Qu'il est fou d'observer deux semblables s'entretuer.

Saamar la tue, oui, très certainement. Lentement, doucement, comme si elle était fragile, au final. La Targaryen n'a que faire de ce qu'elle est. Cersei n'est qu'un pion, parmi beaucoup d'autres. Un pion misérable, ici-bas, mais un pion qui pourrait être utilisé plus tard. Saamar en a conscience, et pour cette raison, ne se montre pas cruelle. Du moins, physiquement parlant. Elle sait que la Dame pourrait être un point fort dans les négociations qui auront lieu à Volantis. Un moyen de gagner la guerre. Cette guerre qui n'est qu'une aiguille dans leur pied, depuis près de deux ans désormais. Cette guerre, que Saamar contemple, de loin, du haut de la pyramide de Meereen. Cersei sera peut-être la clé de ce combat désordonné. La monnaie d'échange, pour apaiser les foules, au moins quelques mois. Mais, à la voir, Cersei ne sera pas un doux breuvage qui stagnera tranquillement. Cette folie, qui la submerge, ce mal, qui la guette, cette haine, qui s'installe, ils ne seront que le poison qui parcourra ses veines. Cersei reprendra les conflits, guidant les armées, s'il le faut, juste pour anéantir celles et ceux qui lui auront infligé tel supplice. Elle viendra, Déesse Vengeresse, et elle se dressera devant la Cité, invincible, portée par son unique rage. Elle se fera tuer, très certainement. Saamar en est persuadée. Mais la Targaryen sait aussi que ce fardeau sera le sien. Alors, au coeur des ténèbres, elle soupire silencieusement. Elle contemple les larmes, qui coulent, doucement, le long de ses joues, se mélangeant avec la crasse. Cette méthode ne marche pas. Ou du moins, elle a atteint sa limite. Cersei deviendra folle, ici, c'est certain. Et même si Zaepherys demeure certain du bienfait de cette cage, Saamar, elle, n'en est pas si sûre. Que dira Tywin, lorsqu'il verra sa fille émerger du cachot ? Ne verra-t-il pas uniquement le mal qui lui aura été fait ?

« J'ai entendu parler de vous. De ce que vous étiez, autrefois. De ce que vous incarniez. » Tyrion lui en avait longuement parlé. Bien qu'il ne soit guère très explicite sur certains points, Saamar a compris. Elle sait, ce qu'il y avait de l'autre côté de la mer. « La beauté. La froideur. La haine. La vengeance. Le pouvoir. L'injustice. » Combien d'hommes a condamné Cersei ? Saamar est certaine qu'on peut les compter en dizaines. Lorsqu'elle était enfant, Cersei était capricieuse. Quand elle était adolescente, Cersei était capricieuse. Quand elle était adulte, Cersei était capricieuse. « Je pourrais vous dire que tout ceci est une punition. Mais, en réalité, je ne fais cela que pour mon bon plaisir. » Saamar se divertit. Saamar est cette femme que Cersei était jadis. Peut-être même est-elle pire, finalement. Car la Targaryen se repaît du mal qu'elle peut infliger. Ou du moins, du pouvoir, de la peur qu'elle instaure dans les chairs. C'est son plus grand passe-temps. C'est le meilleur moyen de se sentir vivante. La Dame ne bouge pas. Elle contemple le venin qu'elle répand. Le geste vain de Cersei lui balaye doucement l'épiderme. Un courant d'air, une légère brise. Mais Saamar ne fait pas un geste pour autant. Elle masse frénétiquement sa robe, à l'endroit même où sa victime l'a touchée. Et le pire, c'est qu'elle se met à rire. Un rire qui résonne dans le noir, comme les Sept viendraient rire ensembles. Une cacophonie de jouissance, d'amusement malsain. « Pitié ? Croyez-vous vraiment que je puisse avoir pitié de vous ? Vous n'êtes rien à mes yeux, qu'une bête insignifiante et ternie par la démence. Je n'ai de pitié pour personne, Lady Lannister. »  Tout est vrai. Saamar n'a pas même de compassion pour elle-même. Ce n'est pas la compassion qui la menée ici. Et ce n'est pas la compassion qui quittera le chaos avec elle. Il n'y aura qu'un néant désertique, pour Saamar, un néant qui n'aura pas de nom ni d'émotion. Elle est figée dans un mutisme qu'elle a bâti pour être son bouclier. « Nous ne sommes pas si différentes, finalement. » Elle lui offre un sourire qu'elle ne peut pas voir. Cersei est son reflet le plus exact, ou du moins, elle l'était. La Targaryen se met à courir le sol, enlisant la pièce dans un brouhaha canonique. Joignant finalement les mains devant elle, elle se fige auprès de Cersei, si près qu'elle peut en sentir l'odeur de sa sueur, si près, qu'elle peut apercevoir sa terreur, au coeur de ses iris. « Mais... vous avez mal joué. Vous avez... perdu. » Les mots s'entrechoquent et se voilent dans leurs tympans. « Vous allez mourir dans le noir. » Son murmure incise sa peau décharnée. « Votre squelette reposera à jamais dans cette geôle. » Elle se met à sourire comme un carnassier. « Et le pire... c'est que vous ne saurez jamais lorsque la mort viendra vous chercher. Vous aurez l'impression d'être morte avant que cela n'arrive. Vous ne saurez plus distinguer le rêve de la réalité. Vous allez, peu à peu, devenir complètement folle. » Saamar la contourne, sans qu'elle ne puisse savoir avec exactitude où elle se trouve. ça l'amuse. Pire, ça lui donne envie de rire. Quand elle s'arrête dans son dos, elle penche doucement la tête vers elle, et sa bouche, flirte, charme vénéneux, avec son oreille. « Vous allez brûler sous mon joug. » Elle n'est qu'un serpent qui susurre, sournois, vicieux, manipulateur. « C'est le prix à payer lorsqu'on ne se soumet pas au Dragon. »
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Quando Judex est venturus

L'ironie lui flanqua la nausée. Elle, Cersei Lannister, Lionne au courroux intraitable quémandait la pitié et le salut. Lui revint en mémoire les nombreuses suppliques qui l'avaient heurté lorsqu'elle fut, autrefois, puissante aux yeux de misérables insectes. Elle aussi, elle avait essuyé les plaintes de pauvres âmes en perdition sans même sourciller. Elle aussi, elle avait jubilé de les voir s'agiter à ses pieds comme des bêtes faméliques, avides, au bord d'un gouffre avec lequel elle flirtait présentement. Saamar lui renvoyait son propre reflet. Elle lui rappelait que le pouvoir n'était pas qu'une rêverie collective. Le pouvoir était l'unique flambeau que l'on se plaisait à brandir lorsqu'il se trouvait en notre possession. Mais une fois qu'il s'évaporait, que restait-il ? Rien. Il ne subsistait qu'un néant effroyable, bouffé par l'angoisse d'un lendemain aux teintes funestes. La Reine qu'elle fut jadis n'était plus qu'une créature semblable à toutes celles qu'elle avait écorché dans de grands éclats de rires. Finalement, elle n'était pas mieux que toutes ces charognes qui courbaient l'échine chaque fois qu'elle se perdait entre leur rang. Finirait-elle par abdiquer à son tour ? Se coucherait-elle enfin sur le flanc pour y dévoiler sa gorge blanche dans une énième prière vaine ? Pourtant, elle vomissait sur cet empire qui n'était pas le sien. Elle l'exécrait. Et elle crachait plus encore sur les êtres qui l'avaient bâtis au dessus de ses cendres. La folie ne serait jamais assez grande pour la pousser à renier le nom qu'elle portait encore fièrement. Mais jusqu'où serait-elle prête à aller pour sauver sa miséreuse existence ? La crainte se situait là. Et la démence se trouvait pernicieuse en ce point. Elle ne possédait aucune limite, tout comme Cersei n'en avait jamais dressé aucune.

L'eau ne cessait plus de s'épancher sur ses traits pâles. Elle dégueulait par vagues despotiques le maelstrom d'émotions qui lui brûlait le thorax. Il n'y aurait aucune rédemption pour elle. Elle le devinait à travers les mots que lui psalmodiaient la jeune femme. Il n'y aurait plus aucune lueur pour elle. A vouloir trop vaste, elle avait perdu la pathétique couronne qu'elle avait porté durant toutes ces années. Cersei ne répondit pas une seule fois à son interlocutrice. Pourtant, ces paroles-là, jamais elle ne les oublierait. Elles continueraient de résonner lorsqu'elle se retrouverait de nouveau seule, puis lorsqu'elle s'évanouirait au cœur d'un sommeil sans paupières. Alors Cersei enserra ses jambes contre sa poitrine, cherchant à protéger ce myocarde fatigué qui ne battait plus que par habitude. Elle aurait souhaité mourir, là, sous un coup trop bien porté. Mais cela n'était réservé qu'aux chevaliers, qu'aux hommes que l'on traitait avec honneur. Et de l'honneur, Cersei n'en avait jamais eu. De toute son existence de femme, elle n'avait été qu'un poison venimeux, qui se déploie, qui s'étend lentement. Elle était la sirène, qui de son chant, égare les pauvres marins dans l'océan vaste de leur univers. Aujourd'hui, elle en payait le prix. Aujourd'hui, elle était, elle aussi, qu'une malheureuse créature recroquevillée dans l'obscurité, tremblante, en attente d'un quelconque châtiment. Où était Castral-Roc, Port-Réal et toutes ces contrées qu'elle avait si souvent visité ? Où était sa mère, son père et son frère bien aimé ? Où était l'étendard de sa famille ? Dans un abîme qui n'appartenait plus qu'à elle. Il n'y avait rien pour elle ici. Il n'y avait aucune échappatoire, ni même aucune résolution à son tourment. Ici, elle était esclave et non plus reine. Ici, elle était une simple femme et non plus Cersei Lannister. Ici, elle n'était rien.

« Laissez-moi... Laissez-moi ! », s'époumona-t-elle en balançant sa maigre carcasse. Cersei n'était plus en mesure de se défendre. Elle n'avait même plus les capacités de tenir une simple conversation. Finalement le silence était préférable à toutes ces inepties qui creusaient plus encore le vide qui la dévorait de l'intérieur. La colère semblait vouloir s'éveiller par moment. Mais Cersei n'avait plus de force pour l'accueillir en son sein. Secouant une énième fois ses cheveux sales dans son dos, elle reniait ces vérités qui faisaient secrètement résonance en elle. « Allez vous-en ! » Et elle frappa sauvagement la terre dans l'espoir fou de l'inquiéter. Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Le noir obscurcissait plus encore son jugement et sa raison. Présentement, elle n'était plus qu'un animal terrifié dont les bourrasques n'étaient qu'un ridicule bouclier. Elle ne voyait pas Saamar. Mais tout son épiderme s'éveillait sous les mouvements qu'elle éprouvait au loin. Où était-elle ? Comme seule réponse, Cersei sentit un souffle caresser les courbes de son oreille, la ligne de sa nuque. Un frisson vint ébranler les dernières cellules encore cohérentes de son être. Elle voulut parler mais c'est un unique gémissement qui vibra dans le creux de sa gorge. Cette proximité éveillait une émotion sinueuse, perfide qui ne possédait aucun fondement. Affolée par ce carcan de femme qui lui faisait éprouver une sensation dévastatrice, Cersei se précipita sur ses membres pour s'arracher à cette emprise nouvelle. Où se rendait-elle ? Elle ne le distinguait pas. Elle n'interrompit sa fuite qu'à l'instant où son corps rencontra un obstacle. L'impact esquissa un mouvement bref. Saamar était là, devant elle, sans qu'elle ne puisse véritablement la contempler. Pourtant, agenouillée face à elle, Cersei tentait d'apercevoir sa silhouette sépulcrale dans l'obscurité. Le buste animé de quelques soubresauts ambigus, elle vint plaquer sa paume contre sa bouche. Dans son regard s'agitait des émotions vives, incohérentes. La terreur, la stupéfaction, la convoitise, la concupiscence. Tant de sensations qui ne formait présentement plus qu'un brouhaha indistinct dans lequel elle se perdait. Les larmes redoublèrent alors, tandis qu'elle convulsait sous les yeux intraitables de son assaillante. Ce n'était finalement pas la folie qui grignotait ses tempes. C'était le désespoir.
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

C'est une véritable torture. Une torture insidieuse, perfide. Saamar en a conscience, au fond. Elle se complaît dans une agonie qui n'est pas la sienne. Et pourtant, dans quelques échos de son palpitant, elle imagine que ce pourrait être elle, agenouillée, là, dans le creux de l'obscurité. Elle sait que se pourrait être elle, la prisonnière. Dans un sens, le mal qu'elle lui inflige serait bel et bien celui qu'elle s'infligerait à elle-même. Ce ne serait que justice. Ce ne serait que châtiment mérité. Elle se prélasse e ce mirage incohérent. Et dans les yeux de Cersei, elle voit sa propre peur, sa propre honte, son propre regret, qui la dévorent. Elle la contemple se secouer, se balancer, sans savoir où elle se meurt, sans savoir où elle se jette. Saamar est une petite fille avide de quelque chose qu'elle possède : la sournoiserie. Elle sourit face à elle, comme elle sourirait à sa propre mère. Et elle se fige, en la regardant, elle, qui joute contre l'invisible. Elle, qui lui inspire tant de chimères impalpables. « Lorsque je partirai, vous n'entendrez que le vide, béant, insolent, violent. Et vos pensées joncheront votre carcasse, si fort que vos cris ne pourront les faire taire. » Cersei n'avait aucune idée de ce qu'étaient les ténèbres. Pourtant, elle les manipulait d'une main de maître, auparavant. Pourtant, elle les portait sur sa bouche de femme. Pourtant, elle les caressait du bout des doigts. Elle n'avait donc rien appris, rien compris. Elle les avait endossé sans apprendre à les contrôler. « Tant que je serais là, vous ne les entendrez pas. » Saamar penche doucement la tête, en fixant ce vide qui la sépare d'une seconde réalité. Elle soupire. Elle inspire. « Ne devriez-vous pas me supplier de rester.. ? » L'évidence est pourtant bien présent, bien encrée dans ses neurones. A croire que Cersei ne réfléchit plus. A croire qu'elle ne voit plus ce qui serait le meilleur. Qu'elle se noie dans le pire, pour mieux être secouée de folie. « Je suis votre seule chance de ne pas sombrer dans la démence. » Elle a raison. Elle le sait. Ou peut-être est-elle celle qui la poussera un peu plus près du précipice.

Mais Cersei veut fuir, loin, loin d'elle. Elle s'agite et s'épouvante. Elle se perd et trouve l'impact. Pourtant Saamar ne semble pas bouger d'un pouce. A croire que même sa chair n'est que de glace et de sang. Elle jubile, un instant, alors qu'elle observe sa proie se recroqueviller devant elle. Elle est pathétique. Et Saamar aime cela, comme elle aime sa propre agonie. Car elle n'est pas cette femme qui joue dans la prison. Elle n'est pas ce regard qui contemple le monde. Elle n'est pas ce sourire qui s'épanche sur l'horreur. Au fond, elle n'est qu'une femme apeurée, effrayée, mutilée, anéantie. Elle n'est que la pâle imitation de ce qu'elle aurait pu vraiment être Une marionnette de sa tristesse, de sa souffrance, de sa colère. Elle n'est qu'une furie qui tente de retrouver un soupçon d'existence. Et, ployée devant elle, Cersei lui rappelle ce qu'elle était, jadis. Une bête, une créature peureuse et faible. Une prisonnière, une vermine. Elle n'était que ce que l'on n'attendait pas. Elle était la merveille dans un monde désenchanté. Elle était la compassion, l'amour, dans un Royaume de haine et de cruauté. A croire qu'elle naquit dans le mauvais corps. Tout comme Cersei. Le mauvais corps. La cruauté. L'amour. La compassion. Des milliers de cristaux de verre, qui l'ont rendue aigrie, fausse, froide, venimeuse. Saamar la voit, comme elle se voit elle-même. Elle voit l'enfant, qui ploie le genou. Celle qui demande miséricorde, se noyant dans ses larmes. Saamar la voit. Et Saamar voudrait l'égorger, la couvrir de son sang. Elle aimerait la faire taire, pour oublier cette faiblesse qui gît entre ses côtes. « Pourquoi me fuir, Cersei ? Je suis le rempart qui vous sépare de votre chute. Je suis la muraille qui vous protège de vous-même. » Elle est milles représentations similaires, et sa voix fait taire les siennes. Elle broie le noir, elle dévaste le silence, lorsqu'elle ouvre la bouche. Une voix, qui fait imploser le vide, d'une traite.

Saamar baisse doucement les yeux vers elle. Sa position lui offre toute la douceur d'une victoire assumée. Mais Cersei, elle, ne voit rien de cette satisfaction. Elle est aveugle. Elle est perdue. Démunie. Inutile. Platonique. Impuissante. Ses actes sont vains. Ses regards, stériles. Elle est à la merci de la noirceur. Elle est la merci de Saamar. La Targaryen le sait, la Targaryen en joue. Elle le fera certainement toujours. Alors elle s'écarte, elle s'enfuit, elle marche, par-ci, par-là. Sans but. Errante. « Chhht... » Un instant, le silence surplombe le reste. Un instant, plus rien ne semble pouvoir arrêter le temps. L'espace surplombe la geôle, et le silence percute les tympans, sifflant, soufflant, gémissant. Elle s'immobilise. Il n'y a plus de muraille, ni de rempart. Il n'y a plus de bouclier au néant. Il n'y a plus rien. Saamar la regarde s'agiter, l'entend gémir, mourir. Elle entend son nom. Puis, elle entend des plaintes. Puis elle entend des cris. « Chhht... » répète-t-elle. Cersei tend l'oreille. Elle la cherche comme elle chercherait une once de vie dans les ténèbres. Saamar sourit. La victoire est si proche qu'elle en meurt de désir. Et pourtant, ce n'est ni la victoire, ni le désir, qui la font avancer auprès de Cersei. Ce ne sont pas eux, qui posent ses doigts sous son menton. Saamar relève lentement son visage vers elle. Elle observe ses larmes luire dans l'obscurité. Elle observe son regard s'agiter pour tenter de la découvrir. Mais il n'en est rien. « Je suis là. » Et Saamar lui caresse doucement les cheveux, ignorant la saleté, la crasse, l'humidité. Et elle soupire d'aise, comme prise d'un sursaut de jouissance. « Je suis tout près... » elle lui murmure, lancinante mélodie qui lui chatouille la gorge. Comme il est doux, comme il est bon, d'être toute puissante, d'être toute maîtresse. « Vous êtes effrayée. Je vous fais peur. » Elle sent ses muscles trembler sous ses doigts. Elle ferme doucement les yeux. Cette litanie qui se referme sur sa cage thoracique n'est que l'épidémie d'une domination alléchante. C'est ce sentiment qu'elle aime, qu'elle hait, qui la dérange, qui la démange, qu'elle laisse imploser dans son palpitant. Elle attire Cersei, là, contre elle, la joue, contre son ventre. « Mais c'est mon nom que vous crierez bientôt entre ces quatre murs... » Et, sans aucune tendresse ni affection, elle fait un pas en arrière, la laissant lourdement tomber sur le sol. Elle la laisse, là, contre le sol, comme le cadavre qu'elle est. « Je vais vous manquer, Cersei... » elle souffle, éternel fantasme grisant même la nébulosité.
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Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Elle était offerte, là, la totalité de son corps voûtée vers le sien. Elle appelait l'absolution, la lame qui viendrait enfin anéantir son agonie. Mourir, voilà ce qu'elle désirait à cet instant. De toute évidence, ces lieux n'avaient rien de mieux à lui promettre. Pourtant, elle ne quémandait pas distinctement qu'on ne vienne abréger ses tourments. Elle regardait simplement ces deux faisceaux violacés qu'elle devinait, mais qu'elle ne distinguait pas dans l'obscurité. Cersei se laissait sombrer. Elle ne cherchait plus à résister, non. Elle jetait ses dernières armes dans un silence despotique. Ici, aucune larme ne lui serait offerte. Ici, il n'y aurait personne pour regretter son ancienne gloire. Elle n'était qu'un grand fauve malade que l'on gardait captif simplement par fierté. Qu'il devait être bon de la voir se débattre dans les cendres de son propre prestige. Qu'il devait être jubilatoire d'assister à la déchéance de tout un empire. Elle aussi, elle y assistait finalement. Il lui suffisait de s'entendre, d'entrevoir sa pauvre carcasse se tordre, se tordre et se tordre toujours plus. Elle était pathétique. Elle était grotesque. Et elle aurait aimé vomir toute l'aigreur qu'elle se portait en secret. Parce qu'elle se faisait horreur lorsqu'elle prenait la peine d'y songer davantage. Que penserait son père s'il pouvait l'observer ? Que penserait Jaime s'il pouvait la contempler ? Sans doute seraient-ils abasourdis, déshonorés, écœurés. Tout comme elle l'était actuellement. Elle n'avait plus rien d'une Lannister. Elle ne possédait plus rien d'une noble. Sous le joug de son cloître, Cersei n'était qu'une putain, avide de la moindre caresse, de la moindre sucrerie. Cersei n'était qu'une chienne, réclamant la moindre petite attention, même néfaste.

Saamar était l'unique point d'amarrage auquel elle pouvait se maintenir hors de l'eau. Cela faisait trois ans et, malgré l'horreur qu'elle subissait, Saamar devenait la dernière lueur qu'elle possédait enfin. Alors à genoux, les yeux relevés vers les siens, Cersei l'implorait de ne pas l'ébranler davantage. Elle la suppliait de mettre un terme à toute cette gargantuesque mascarade. Elle voulut l'effleurer, ne serait-ce qu'agripper un peu le tissu de ses jupons, mais elle ne palpa que le vide. Elle n'était plus là. Cersei guetta la moindre parcelle d'obscurité autour d'elle, dans l'espoir fou de pouvoir se retenir à quelque chose de concret. Mais elle ne distinguait que l'écho de son propre souffle qui, lui, agitait sa poitrine de femme. « Où... où êtes-vous ? », chuchota-t-elle comme si elle craignait d'éveiller un monstre bien pire encore. Elle tendit son bras, les doigts écartelés en une poigne désespérée. Et elle chercha à harponner quelque chose, bêtement, pour ne se saisir que du néant qui l'enlaçait désormais. Un chuintement l'intimait par moment d'apaiser ses complaintes, mais Cersei n'était plus en mesure de se raisonner. Elle était seule. Elle était plongée dans l'obscurité. Et elle redoutait ce qu'elle pouvait dissimuler en son sein. Ses lèvres mimèrent enfin le nom de sa tortionnaire. Saamar. Elle le répéta plusieurs fois dans un souffle à la fois agité et méfiant. Saamar. Il demeurait sa seule certitude. Et il subsisterait comme tel une fois qu'elle ne serait plus. Cersei replia ses bras contre son thorax, tandis qu'elle se voûtait au dessus de ses genoux pour n'être plus qu'une silhouette désarticulée dans l'ombre. Ramassée sur elle-même, elle se lamentait en silence, buvant ses propres larmes dans quelques secousses désolées. Elle était pitoyable. Mais maintenant qu'elle se retrouvait dans le noir, il ne lui restait que ce corps trop étroit pour apaiser les cyclones de son âme.

Son esprit ne s'attardait plus que sur cette voix méphistophélique qui s'éloignait, se rapprochait, s'égarait puis se précisait. Elle buvait chaque syllabe, caressait chaque articulation. Le sens de ses propos n'avait aucune importance. Seule sa présence comptait. Alors, elle fut contrainte de se redresser pour mieux la percevoir. Elle en contint sa respiration pour ne rien manquer. Le silence lui était épouvantable finalement. Là, maintenant qu'elle se retrouvait privée de sa vue, l'absence de bruit devenait plus assourdissant encore.« S'il vous plaît », implora-t-elle sans même comprendre ce qu'elle désirait dans le fond. Puis, des doigts vinrent épousseter son menton pour l'inciter à relever la tête. L'ordre était doux. L'ordre était suave. Mais l'ordre était tyrannique. Cersei chercha son regard sans le trouver. Cersei chercha sa chaleur sans la comprendre. La totalité de son être était pendu à cette caresse chimérique. Et elle en tremblait d'appétence, le souffle bruyant dans sa gorge nouée. Qu'il était bon de pouvoir sentir la chair d'une autre. Qu'il était salvateur d'en éprouver la douceur. « Saamar », pria-t-elle dans un murmure lancinant. Elle lui était promise, là, par ce simple touché qui ne signifiait absolument rien. Et elle s'en gorgeait égoïstement comme s'il s'agissait là d'un pur trésor. Ne rien voir décuplait des sensations inconnues. Alors, lorsqu'elle se retrouva bercée contre son abdomen, c'est une plainte langoureuse qui frémit en son sein. Elle se redressa légèrement sur ses genoux pour mieux en sentir son essence. Ses paupières se fermèrent, l'espace d'un instant seulement, où elle s'abandonna à cette étreinte sans fondement. Elle aurait pu mourir, là, contre cette silhouette luciférienne. Elle aurait pu tout abandonner, là, contre ce corps étranger qui ne lui promettait qu'une éternelle chute. Mais l'illusion se fit brève. Et ses perspectives s'effondrèrent dans l'oubli. Tout comme sa carcasse qui s'affaissa dans la poussière. De nouveau seule dans son désarroi, Cersei tendit une main quémandeuse vers le néant. « N-non... » Elle déplia ses membres, se déplaçant comme le ferait une esclave sur le sol. « Touchez-moi encore... »
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Fire and
Blood
Purgatory
Saamar & Cersei


Quando Judex est venturus

Touché. Coulé. Le bateau tangue entre les murs de pierre, cherche sur l'horizon un rayon de lumière. Les barreaux de la cage s'écrasent contre le sol, tendent à percuter les prisonniers de leur acier. Les rats chevauchent le plafond, orages invisibles qui rappellent un ciel tangible. L'hérésie s'agite, dans les ténèbres. Et serrée dans sa chair, une petite voix tente l'annihilation. Cognent les mains contre les côtes, griffent les ongles sous l'épiderme. L'incendie crée le mal-être. Saamar et Samara entament l'affront parmi les palpitations. La dominée contre la dominante. L'armée, contre le cavalier seul. Elle avale sa salive. Elle coule vers l'anima domestique qui cherche la liberté. L'atlas veut laisser tomber la tête. La nuque craque, os décharné qui tend à se détacher de la plèbe. Le grognement éloigne l'exilée, menace implicite qui invite à reculer. Le regard se détache, enfin, cherche de nouveau la proie au coeur du larcin. Une Cersei qui tend les mains, une esclave qui pleure déjà son Maître. Funèbre marionnette qui geint sous l'absence d'un marionnettiste. La prédateur encercle, marche en silence, épie la gazelle effrayée. Privée de lumière, l'oeil devient fou. Le pâle iris se rétracte jusqu'à mourir sous le joug macabre. Alors Saamar joint ses mains devant elle. « Vous avez toujours été ma préférée. » L'aveu n'a rien de sensé. Il plane sur la ville comme il plane sur les paysages enneigés de ses songes. Saamar n'a pas de coeur, Saamar n'a pas de logique. En réalité, sous le gong de ses frasques se berce l'agitation d'un chaos frénétique. « Déjà, lorsque j'ai observé les habitants de ce lointain Westeros. » Saamar a admiré la Reine vénéneuse, la Reine venimeuse. Saamar a espéré la rencontrer, et la soumettre à son joug. Compétition idiote d'une humanité avortée. « Et même lorsque j'ai observé les autres prisonniers. »

Elle les a tous regardés, observés, épiés, contemplés. Elle les a vus sombrer dans la folie. Elle les a entendus appelé à l'aide. Elle les a vus prier pour leur agonie. Et sans comprendre réellement pourquoi, et sans mesurer l'ampleur de la Reine déchue, elle l'a aimée, plus que les autres, plus que quiconque. « Cela fait bien longtemps que je vous observe, Cersei Lannister... » Des jours, des lunes, des années. Elle a cessé de compter. Depuis le premier jour, peut-être. Lorsqu'elle portait encore une longue robe aux couleurs chatoyantes. Quand ses cheveux étaient encore aussi chauds que le soleil. Saamar ne se souvient pas. Saamar ne se souvient plus. L'anguille frétille sous la carapace, identifie la menace, change de direction, tente une nouvelle faille sous le laiton. Mais rien en transperce l'émotion. Elle charge, de nouveau, les atomes crochus qui se tordent sous son règne. « Je croyais que vous seriez prête à me recevoir, lorsque j'ai passé cette porte. » Ses doigts courent les murs, encore. Elle s'ennuie, Saamar. Elle a besoin de plus, de toujours plus. Le pouvoir, le danger, la soumission, la peur, le feu, le sang, la mort. C'est ce qu'elle préfère. La corde attend bien sagement le cou sur lequel se nouer. Et elle, elle sourit en contemplant la mort passer. Festin morbide auquel elle veut toujours participer. « Mais vous ne l'êtes pas du tout. Vous êtes faible et pathétique. Vous n'êtes même pas divertissante. » Elle soupire ouvertement. Elle couche le linceul sur ses épaules fragiles. Elle sait que chaque mot est un poignard tranchant. Elle sait que chaque phrase est une épée meurtrière. Elle cherche la blessure, l'angle parfait avant la décapitation. « J'espère que lorsque nous nous reverrons, vous serez plus à même de me remercier de ma présence. » Mais elle penche doucement la tête. « Ou peut-être ne reviendrais-je pas, après tout, pourquoi le ferais-je.. ? » Rien ne la retient ici. Et même si Cersei la supplie, cette supplication n'a aucune importance à ses yeux. Et pourtant, Saamar attend quelque chose. Quelque chose qu'elle ignore elle-même. Cersei est un messie qu'elle a choisi, et dont elle ne sait pas ce qu'elle souhaite. Elle attend, quelque chose, un inconnu sans frontière et sans titre.

La porte chahute. La main frappe. Les doigts craquent. Saamar observe encore la prisonnière, qui s'agite, qui s'effrite. Elle sait ce qu'elle inspire, elle sait qu'elle terrifie, et cela lui donne une raison de revenir encore. Mais pas assez pour aimer cela. Pas assez pour lui offrir tel espoir non plus. Lorsque la porte s'ouvre, Cersei recule, gesticule sans but, possédée fuyant la lumière du jour, et la silhouette angélique qui se dessine à elle. « Je reviendrai, lorsque vous serez prête. » Elle-même ne sait pas ce qu'elle attend de Cersei. Elle-même ne sait pas ce qu'elle pourra accomplir pour répondre à ce critère. Mais elle apprécie plus encore cela. Plus encore que de savoir. La curiosité la ramène toujours à la recherche. « Ne perdez pas de temps, ma Lady. Paraît-il que la nuit est sombre et pleine de terreurs. » Elle s'accorde à sourire. Ce sourire que Cersei ne peut apercevoir. Ce visage que Cersei ne peut pas contempler, tant l'aveuglement se veut intense. « Vous ne voudriez pas sombrer dans la folie. » Lorsqu'elle passe l'encadrement, ce n'est que pour observer les gardes. Ces gardes dont elle se fiche, dont l'identité lui est inconnue. Dont même le nom semble lointain, dans sa boîte crânienne. « Laissez-la dans le noir. » La porte se ferme, derrière elle. Et ce n'est que lorsque la clé tourne dans la serrure, qu'elle s'octroie le droit de se retourner. « Alertez-moi lorsqu'elle aura commencer à hurler. » Et lorsqu'elle s'éloigne dans les hurlements des autres prisonniers, elle sourit. « Je n'ai que trop hâte de l'entendre nous appeler... Pas toi, ma soeur ? » Et elle disparaît dans le couloir.
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[T] Purgatory | ft. Saamar
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